27/09/2008

27/09/08 - 08:41

Happy Birthday.


Google a dix ans aujourd'hui.
Avec un capital de 100000 dollars à son lancement, elle est désormais la quatrième société mondiale dans le domaine informatique (derrière Microsoft, Apple et IBM), avec une estimation de l'entreprise à quelques 137 milliards de dollars...

25/09/2008

25/09/08 - 09:07

Persistance du nuage radioactif de Tchernobyl en Moselle.

Mes deux ordinateurs sont morts.
L'un s'est arrêté subitement pendant un transfert de fichier sur un disque dur externe. J'ai pensé à une tout bête panne de boîte d'alimentation (une chose qui arrive souvent). Je me suis dit que ça n'était pas important.
Aussi avais-je décidé de rajouter les disques durs de cet ordinateur dans le deuxième pour récupérer les données.
En débranchant le ventilateur du processeur pour faire rentrer le disque dur dans le casier, je ripe légèrement sur le processeur. En le remontant, plus d'image. Les ventilateurs tournent mais l'image est noire.
Je démonte tout je remonte tout, rien.
Je fais sauter le cavalier, tentant un CLEARMOS, rien.
J'enlève la pile de la carte mère, rien.

Quand j'essaie de prendre la boîte d'alimentation du deuxième ordi pour la mettre sur le premier, le premier ne redémarre pas non plus.

Journée de merde.

17/09/2008

17/09/08 - 05:45

J.


Je me souviens de la première fois que je l'ai rencontré, dans la maison de famille, qui, ironie du sort, allait être vendue quelques mois après. Une maison de campagne que j'avais déjà vue une première fois vide, quelques temps auparavant, de nuit. Il était assis sur un fauteuil, attendant que le temps se passe. Les femmes s'affairaient dans la grande pièce de séjour. Un clafoutis aux cerises était posé là, sur la grande table. Quand je me suis approché de lui, pour être présenté, il m'a dit « Bonjour jeune homme. » avec un large sourire et, je voyais, déjà, dans ses yeux, une intensité propre aux hommes de combat. Il était dans la pénombre, la pénombre du mur qui cachait la lumière et la pénombre des silhouettes des quelques personnes de la pièce, mais ses yeux, derrière ses larges lunettes, avaient cet éclat particulier, oui. Ses rides étaient les rides de l'homme juste, son visage, grave et ovale, lui faisait honneur : un homme de la vie, peut-être.

Il était habillé humblement, un chandail marron à rayures et un pantalon de velours, pas bouffant, comme dans Les assis de Rimbaud, mais juste épousant son corps déjà maigre. Peu importe son corps, je sais que j'avais affaire à un homme au corps parfait, parfaitement taillé par le temps, à la juste mesure de ses actes, sans pour autant savoir ce qu'il avait fait. J'ai lu, après, un recueil où il parlait, avec sa femme, de ce qu'il avait fait dans sa vie : je n'eut que la confirmation de ce que j'avais imaginé. Dans le fauteuil, ainsi, un long temps de l'après-midi, il restait là, regardant les gens passer et répondait poliment à ceux qui l'entretenaient de la manière la plus tendre qui soit. Je sentais déjà qu'il était dans l'attente, je ne sais s'il savait déjà.

Il y eut aussi une soirée d'anniversaire, où toute la famille était là, à rire et à chanter, bouger autour de lui. Sa femme était affairée sûrement à autre chose à l'instant où, je ne sais comment, je me retrouvai assis à côté de lui. Nous regardions tous deux la même direction, c'est-à-dire le vide, la table vaguement ornée d'assiettes et de décorations, sûrement. Les lumières tamisées accentuaient l'instant puissant et implacable où nous nous trouvions ensemble, en silence, sans se connaître trop vraiment, sans prononcer le moindre mot. Sans bouger trop la tête, j'esquissai un regard vers son visage et je vis qu'il souriait. Qu'il était heureux.

Ses yeux reflétaient l'homme comblé de tout ce qu'il avait bâti, construit, aménagé. Et ce sourire posé là sur son visage était à pleurer tant il était beau. Triste, son sourire était éloquent, plus éloquent que tous les discours qu'il aurait eu à faire de toute sa vie, plus éloquent que tous ces moments où j'entendais parler autour de lui, à demi-mots, plus éloquent, oui, que cette peur permanente qui l'entourait, qui le protégeait aussi, cet amour qui j'en suis sûr l'a accompagné jusqu'au départ. Cet instant de lui et moi, deux, formant un temple fugace de compréhension, de tendresse pour l'autre inconnu et de compassion — partage — des peines vécues. Lui, le fort, l'invincible. Et moi, le vagabond, l'espiègle.
Ces deux instants demeureront dans ma mémoire, comme une image-souvenir, une boîte à musique, une mélodie légère, discrète, mais essentielle.

15/09/2008

15/09/08 - 00:53


[Saturne]: Acte I, scène 1



(version de travail)


Le Choryphée


— Oui, la faim vérifie les justes,
La soif entame la chute.

Tout était plat, à l'horizon comme au zéphir.
Tout murmurait, marqué
Par l'amère brillance de la nuit
Et Cœlus, fils d'Éther — petit-fils d'Érèbe ! —
N'avait que ses ancêtres pour s'ennuyer :
Le ciel était blanc et c'est tout ce qu'il était.
Tout dormait, marqué
Par l'éclat fade du jour
Et Titée, fille de Chaos — petite fille de pas grand-chose ! —
N'avait que son purin pour s'étouffer :
La terre était ocre et elle rêvassait.
Jour et nuit se promenaient sans logique,
Et tout était début, fin, tout était présent et rien du tout !

Cœlus, un soir n'ayant plus que ses bras
Et le ciel comme corps
Tomba sur Titée, féconde et terreuse,
La belle aux racines souples.
Ils prirent le temps de se frotter
Un peu par mégarde
Un peu par oubli.
Oui, oui, Cœlus le dieu de là-haut, nuageux,
Intempestif, le ciel au dos arqué
Et oui, Titée, la déesse d'en bas,
L'écorce, la terre boueuse et battue.
La voûte et la croûte s'enchaînèrent
Et une tripotée sortit du sexe de la femme.

Titan premier, vainqueur à la course, Titant l'aîné :
A lui le privilège du doute et l'accoudoir du trône.
Ah ! A lui la folie, aux autres les genoux sur le sol.
Titan était alcoolique et
Passant son temps à tripoter les cuisses de sa mère,
Jetait des coups d'yeux à son père inquiet.

Car Cœlus ne s'arrêta pas là, et bientôt,
Le temps de donner du temps :
Saturne était né !
Sans gestation, sans grossesse,
Titée accoucha là comme accouche les idées
Et le fils tomba sur sa mère,
Les yeux figés sur son père,
Qui était aussi son frère !
Ou peut-être pas, qu'importe :
Inceste et laisser-aller
Longs, beaux, tristes comme le temps,
Saturne bailla,
Ce fut son premier son.

Saturne se passa, puîné qu'il était
Et le frottement incessant de ses parents
Porta ses fruits :
Ops sortit du volcan de Titée,
Océan de sa bouche,
Les Titans — les petits nains clônés sur Titan l'aîné —
Naquirent tous de ses yeux.
Beaucoup d'enfants, pas tous de Titée, apparemment.
Qu'importe ! De ce qui sort du sexe de Cœlus, tout est bon.

Sauf que, voyant cela, Cœlus fut inquiet,
Car tout ces visages lui faisaient peur.
Leur regard, pour lui, était la trahison, ainsi les prit-il
Par les cheveux, les pieds ou les seins
Et les enferma, au fur et à mesure qu'ils arrivaient sur lui, un jour
Dans le sein de leur mère.
Ceci fut fait, une bonne fois pour toute
Et cela était bon
Car pour Cœlus, le sexe était dangereux et,
Ivre de terreur, il ne voulait pas de descendance.
Car pour Cœlus, le sexe était bon et,
Ivre de désir, il voulait une femme inconsolable.

Saturne grandit donc dans le lait, la lave,
Nourri par ce qui le noyait,
Les nutriments matriciels.
Il aspirait par l'intérieur le sein de la mère,
Têtant Titée qui se sentait imploser.

Et, haletant, il se cognait partout
Tout le temps
Aux coudes et aux genoux de ses frères et sœurs.
Océan était intarissable :
Il vomissait de l'eau, son ventre ne vidait jamais et
L'eau rejetée stagnait, donnant au lait
Un étrange goût salé.
Ops ne manquait d'abondance :
Ses membres poussaient, ses mains pullulaient et
Elle urinait abondamment, donnant au lait
Un étrange goût acide
Qu'il aimait en secret.
Les Titans, enfin, se battaient tout le temps :
Leurs corps anguleux blessaient les parois du sein
Et laissaient pénétrer le goût du sang, donnant au lait,
Un étrange goût de pouvoir.

Saturne grandit dans cette mixture,
Ce lait tourné et retourné, qui pourrissait,
Et, épave parmi les naufragés,
Saturne se passa un peu, nauséeux :
Il appris ce qu'était vivre.


10/09/2008

10/09/08 - 14:26

Gébé - Week-end aux deux pôles en même temps



(Cliquez pour agrandir.)

20/08/2008

20/08/08 - 03:21

Gébé - Week-end aux deux pôles en même temps


On peut s'asseoir ou rester debout. Pas avachi.

C'est l'esprit qui fait le voyage. L'esprit, la pensée... On ne pense pas avec ses pieds. Mais quand on pense, les pieds ne cessent pas d'exister, alors, autant s'en servir. Marche.

Et puis après ? Les vacances / Ça va recommencer. Moutons ! Un mois chez eux, ils en crèveraient. Peut-on sauver l'Occident. Ça me fait penser que demain, ne pas oublier de téléphoner...
A la fenêtre d'une pensée en marche, ça défile. Laisse défiler, tout ça c'est du paysage connu.

Et laisse le journal qui traîne.
Et laisse la télé tranquille.
Marche !

Pourquoi s'obstiner à vouloir piquer le capital aux capitalistes / Il n'y a qu'à leur laisser leur truc et s'installer à côté / La vache libérée de la contrainte de se nourrir sans arrêt, si on la met à deux repas elle devient intelligente / La poésie, tout le monde est poète mais les gens ont pas le temps pas le temps de tout faire / Alors des poètes comme il y a des boulanger pour ça qu'ils ont l'air de boulangers

Plus tu vas de l'avant plus les idées se raréfient, et plus tu te sens mal à l'aise dans ce décor effiloché. Pas de panique. Ne te retourne pas, marche !

Trouver des questions / inventer des questions / l'angoisse vient de l'impuissance à formuler l'angoisse / manger, se faire des chaussures / ça devrait suffire

A la place de ce bredouillage qui n'est là que pour l'aspect, il faut déballer ton propre fond de pensée : l'acquis et la réflexion, le banal et l'original, l'usuel et le profond.

Pas mourir / on pourrait manger une automobile / un milligramme par an / pendant...

S'agit pas de faire le vide dans ta tête avec une pompe hindoue. On n'est pas au B.H.V. des magiciens.

S'agit d'aller là où la dernière pensée te quitte.

Crac

Là où nulle idée ne se forme plus. Et s'il t'en vient une, avance encore d'un pas.

Tu y es !

L'impression d'être (je crois me souvenir) au pôle – l'un ou l'autre, ou les deux – sans la glace. L'impression d'être dans le désert, sans dunes, sans sable. L'impression d'être au milieu d'un fleuve sans rives, sans lit, sans ciel au-dessus, sans eau.

De là (X) on ne rapporte ni une fleur, ni un caillou, ni un journal de voyage, ni une diapo. Pas même une impression. Si ! Le manque d'air.
On ne s'en parle à soi-même que par ouï-dire, ou en réinventant presque tout après coup.

Là, pour seulement demeurer, la drogue est indispensable. Absolument indispensable, mais il faut la refuser. Une simple cigarette de simple tabac et tu n'es plus là.
Là, les nerfs s'étirent jusqu'au malaise. Courir ! Gesticuler ! Hurler ! Sous peine de tomber en poussière. Non ! Surtout ne pas bouger.
Là est le bout de nous-mêmes ou le début d'un voyage. Un jour nous nous retrouverons tous. C'est une étape nécessaire.

Avantages : à ton retour, tu regarderas Marx dans les yeux. Tous les Marx. Et tu leur parleras d'homme à hommes, sans te prosterner.

Quand on te parlera d'horizon politique, tu sauras qu'on cherche à te parquer dans une réserve. Il n'y a pas d'horizon.
Tu sauras qu'une idéologie ne peut suffire qu'à l'homme au coin du feu.
Tu sauras que la révolution... Bon !
On la fait et après on bouffe ensemble et on se combine une nouvelle manière de vivre les uns avec les autres, mais que toutes les idées – même celle-là, la plus belle – toutes ont un bout et qu'il faut pas s'endormir en se chatouillant le nez avec et le pouce dans la bouche mais les suivre jusqu'à leur bout et à ce bout les lâcher et tu seras un homme mon fils.

(Texte tiré d'une planche de Cracher dans l'eau ça ne fait plus de ronds, dessiné par Gébé. Les textes en italique sont des pensées de l'homme représenté.)

09/07/2008

09/07/08 - 03:08

Et j'ai dit au revoir à la mer. L'océan me regardait, interdit. Seul, sur la jetée, pendant l'entracte, à Plougastel, j'ai dit au revoir à celui que je ne reverrai pas pendant un temps indéfini. Les pieds dans le varech moite, le dos aux bancs, aux gens, face au Relecq-Kerhuon, j'ai dit au revoir au goulet, à la nuit qui me happait vers l'infini. Saoulé par le ressac lent de la marée qui descend, je regarde les reflets opiacés des lumières noctambules. Au loin, quelque voiture se risque sur le pont dont je ne me rappelle jamais le nom. Je pense à tout ce que je quitte, mais surtout toi, océan : « Au revoir... » dis-je, en un sursaut, murmurant des mots de tristesse et de solitude. Les mots cadencés par les flots de paroles derrière moi se brandissent devant moi, lancés dans le vide des vagues. Les seuls mots qui me viennent à l'esprit, des mots d'adieu, je te quitte, prends bien soin de toi, ne noie pas trop de gens, sois clément avec les justes, foudroyé par les hommes, impatient avec les désireux. Sois colérique avec les jaloux, impassible et éternel. Océan, sois toi, ce que j'aime. Adieu les falaises que je n'aurais pas vues, les rochers noirs, les houles endiablées, les roulis meurtris par le soleil, l'absence de vent.

« Au revoir. », lancé-je une dernière fois, comme pour te confirmer que je m'en vais, oh, un bout de temps, ne t'en fais pas je reviendrai, plus tard. Le ventre crie, hurle le déchirement du voyageur qui abandonne ses bagages, les membres tremblent par le vent et la mélancolie d'une vie non-existée à te parcourir, te nager, te sombrer dans tous tes tourbillons. Le cœur appelle les larmes mais elles ne viennent pas, je sens qu'elles pointent, encore plus insupportables par leur refus sec de se déballer là, devant toi, toi mon premier amour, mon premier reflux nerveux. La moelle marque un arrêt de plusieurs minutes : le temps figé appelle à l'éternité. Je compte bien sur mes pieds pour m'égarer sur la jetée. En revenant à ma place, les gens s'affairent, je suis silencieux, le visage fantôme du fuyard accompli. Je les revois sans doute pour la dernière fois, eux aussi, pour le moment, pour un bon moment. Ils s'improvisent mécènes de mes absences, je hoche de la tête et du pied, pour marquer le rythme de leurs mélodies franches. Ça y est je pars retrouver ma vie renversée, sauver ton rire, jeter le reste à marée basse dans les graviers.

Et puis la chanson me foudroie. Elle est pour moi, je le sais, je sais que non, elle n'est pas pour moi, mais je me la prends en pleine gueule. Je pars, oui, je m'en vais, je m'enfuis loin de tout ça, pour une autre espérance, sans regret. Il fallait, ce soir, transpercer la membrane des yeux humides pour marquer le coup. Le cou marqué, la tête baissée, je n'entends plus que la voix qui parle, parle en moi, de ce que j'ai vécu, il y a dix minutes, devant la jetée. Demain je pars et je vous oublie, je m'éparpille me jette et me renverse. L'eau salée, l'eau de mer, l'iode inonde mon visage, je mets ma capuche, puis ma deuxième capuche. Puis la troisième capuche, je suis dos à toute l'équipe, seuls deux personnes peuvent me voir, et je pense ne pas avoir été aperçu. La voix pénètre en moi, pas la voix elle-même, la voix des mots qui meurtrissent et crèvent l'excès du soi-disant mine de rien je m'en vais et je m'en fous. Non, je ne m'en fous pas. Je laisse ici trois années de gens, trois bâtons flambés au sérum de l'amoureux. Lâche que je suis, j'évoque à peine mon départ, pour une nouvelle vie. Au revoir le vent, l'hiver et les chiens.

Demain je serai libre, libre mais enchaîné aux roches, à l'écume des nuits passées ici, aux moribonds regains de courant qui me liaient à toi, Brest. C'est une blessure que je garde ici, sur mon mollet, entre les poils et la peau blanche de n'avoir pu rencontrer la lumière, ou bien de l'avoir toujours perdue. Oui Brest, c'est frémissant que je m'en vais, je n'ai plus peur du bout, demain départ dernier départ. Les distances nous aliènent mais je reste chez toi, tu restes en moi, ta région est belle et le garçon est pauvre mais passionné. Je sèche les larmes, peu après la chanson, je suis en plein dans la lumière, mon nez coule et morve ma bouche. Mais demain je m'en vais, fier d'avoir pu te rencontrer, Brest, au moins une fois, fier de t'avoir connu, d'avoir vu ton ami, l'océan, de l'avoir embrassé, caressé un peu, du revers de la main. Je suis comme l'eau, céans, je file entre les bois, par delà les forêts, vers la Moselle et l'Alsace. Ne crains rien, ma paume est propre et garde en son creux le sel amer du souvenir grandi. Je coupe je pars, je vide je vole.

Paroles : L. L.

30/06/2008

30/06/08 - 02:43

Je n'aurais pas été l'amant fougueux, empli de désir et de rage, celui qui mord les lobes de l'oreille, les joues, les fesses et les seins. L'amant prodige qui émerveille par les doigts les yeux et tout le corps suintant d'envie et de hargne. L'homme expert qui fait fumer les corps comme le jambon, découpe à petites tranches les membres de la victime tremblante, viscérale, psychotique. Qui brise, à cœur perdu, tout sentiment fabuleux pour un feu d'artifice d'illusions, mots, bouche, pied torse sexe poil aine doigt. L'amant pénétré de la liqueur de l'excitation, qui se marie avec le désir le plus pur, le plus insane qui soit ; maître obéissant, esclave dictateur des sens. L'amoureux asenti qui ahane, rugit, comble les manques, en crée de nouveaux pour une opérette désuette. Qui tire au cœur débordant de sang par d'autres orifices, qui oublie l'apesanteur du monde pour envoler les cris et les syncopes.
Je n'aurais pas été, non, l'amant de la providence, l'ami qui cède à la tentation, l'enfant grandi qui a envie, le partenaire d'une nuit qui aime ça, le conjoint de noces téméraires, le compagnon de l'abandon, l'instrument de tests fantasmés, l'amas de chair à prendre sans concession, l'amertume dans la bouche – violente et nacrée; le réceptacle à trésors ressurgis, le trou à rats. La personne sans lettre d'amour, sans gestes tendres. Celle à qui on ne prépare pas le café le matin, dont on ne nettoie pas le linge, que l'on chasse une fois le bien assumé, une fois le mal assouvi.
L'amant, l'amant-nuit qui rôde, inconnu, frappe cagoulé, pénètre sans un mot, crie dans la nuit sourde, frôle de ses doigts gourds le corps posé nu là sur le lit, comme jeté au lion. Respire comme un forcené dans le cou rouge de contusion, dans l'aisselle blanche de confusion. Marque un arrêt, lèche, prend, hurle et s'en va. L'amant coup de tonnerre, comme l'amour coup de foudre : un éclair et puis la persistance de la lumière dans les yeux ; les yeux exorbités que l'on cache le lendemain, dans ses mains, orbites alcooliques de visions obscènes subies dans le noir, tard, au dehors de la vie ; microcosme secret que l'on garde en lambeaux, évanouis.

28/06/2008

28/06/08 - 20:51

Je n’aurais pas été l’ami absolu qu’un autre pourrait avoir et posséder, utiliser. L’ami qui court jusque dans les recoins reculés de la ville pour chercher les messages de prétendantes timides et impressionnées par le souffle haletant du messager. L’ami de l'ombre, celui discret et silencieux qui acquiesce les peines ou veille à l'hôpital pendant l'inconscience. L'ami de la lumière qui socialise les timides et respecte les écartés. Le compagnon de la pauvreté, la raison de la richesse, le partageur des nuits étoilées quand tout tombe et quand le désespoir traîne le pas. Le monde adapté en l'autre, le fidèle des heures scandaleuses sans remords ni regret, l'amoureux fait de sourires et de réconforts.
L'ami dont la maison est à côté, refuge sacré où l'on peut étendre les bras et les jambes lourdes sur le sofa sans prendre peur. L'ami dont la maison est loin, caverne du fugitif trouvant gîte, vêtements, argent et couvert à toute heure. L'ami que je n'aurais pas été, faible de la main qui abandonne. L'autre aurait été ancré en moi, par le fer et le sang, pacte démentiel d'une dualité bénine.Je n'aurais pas connu l'horreur d'une mort à annoncer à l'autre, d'un cataclysme à avouer, d'un péché à dévoiler. Pas d'oeillade furtive avant l'acceptation, pas de paroles silencieuses qui couronnent le seuil de la compréhension.
L'ami, l'ami qui offre les cadeaux, subit les disputes, montre les défauts, haït comme haït l'autre, déteste celui qui a trahi puis pardonne parce qu'il n'est pas si grave de voler ou mentir. Le compagnon à l'aura du juste, au corps du défenseur qui joue et prédispose en l'amère existence. L'ami absolu, oui – quoi d'autre ? Le témoin de l'accomplissement, le martyr des humeurs, l'accoucheur de mots ou de silences. Le parrain des actes, le soumis des circonstances. L'ami perdu et retrouvé, chéri et enlacé, en de vaines tentatives d'union asexuée qui aboutirai à un « bout de vie avec et sans les embruns à la fois ». L'ami de la dernière chance, qui jurera encore que tout reviendra, même si rien n'est parti.

28/06/08 - 04:31

Je n’aurais pas été l’enfant fou qui court partout, derrière les parvis sombres, qui joue aux billes avec les copains, qui se blesse les mains avec les rayons de son vélo cassé. L’enfant qui réfléchirait la lumière violente du monde, porterait en lui la cruauté des couleurs. Ses cicatrices de soldat intrépide, ses poches trouées, ses guenilles en lambeaux, ses sourires gênés et son regard par le bas, je ne les aurais pas eus. Les mots de la vie qu’il utiliserait seraient simples, dénués de pensée, juste chargés d’émotion pleine et débordante de fougue, de fuite et d’immoralité innocente.
Ses mains seraient sales de la terre et du sang des fourmis. Ses jambes couvertes de griffures, ses chausses boueuses, encore humide de la promenade dans les champs de l’après-midi, son pardessus déchiré poussiéreux le feraient se gratter – parfois. Les ongles rongés et noirs pénètreraient la peau grasse de l’enfant qui a joué, combattu, imaginé et rêvé trop pour un seul monde. J’aurais baillé, ivre du trop-plein d’amour, vie que j’aurais emmagasiné. Les nuages sombres sur les blés psychotiques ne m’auraient pas attristé, juste excité de l’atmosphère criblée d’électricité écarlate.
L’enfant qui joue, simplement l’enfant qui joue et s’émeut de la mort volontaire de milliers d’insectes d’un coup de pied, qui est bouleversé en fouillant la vase rance du marais, à la recherche de l’éventuel crapaud qui daignera tomber dans ses mains. L’enfant aventureux, l’enfant ivrogne de l’air, celui insulté, poursuivi, mioche, môme, petit con courant sur les pavés, casquette sur la tête, le sourire mortel dans les genoux qui battent, battent la poussière. Le solitaire, imbu et rayonnant, pervers et ingénu, ingénieux et perdu. Celui qui cueille les fleurs, lapide les oiseaux, marche trempé sous la pluie, taille une branche avec son canif, se moque des filles qui hennissent, est dégoûté par toute forme de tendresse, court la nuit se réfugier sous un pont, une brioche et un clope dans la poche.

 

Les vus 2008


Apparaissent ici ceux visionnés dans leur intégralité. Ceux qui ont un [X] sont « au-dessus ». [XX] : « du haut de ces pyramides... etc. » [CM] : court-métrage. [MM] : moyen-métrage

- Barefoot in the park
(Pieds nus dans le parc)
1967 - Gene Saks
- [X] Laitakaupungin valot
(Les lumières du faubourg)
2006 - Aki Kaurismäki

Les recalés


Apparaissent ici ceux qui n'ont pas été vus en entier, tant cela n'était pas possible.

- Street kings (15mn)
- In Bruges (40mn)
- Youth without youth (1h15)
- La mer regarde (30mn)
- Lady Chaterley (40mn)
- La secte sans nom
- SPL (10mn)
- A l'épreuve des balles (15mn)
- Les coulisses de l'exploit (Eight men out)
- Cercle vicieux (20mn)
- Sweetie (25mn)
- Pistol opera (10mn)
- 4:30 (15mn)
- Mon père est ingénieur (15mn)
- Charlie Bartlet (10mn)
- Death note (5mn)
- Crank (25mn
- A walk to remember
- Sangre (15mn)
- Bangkok dangerous (15mn)
- Dead and breakfast (35mn)
- Beerfast (10mn)
- A dog's breakfast (4mn30)
- Dedication (9mn)
- La belle histoire (25mn)
- Le grand silence (53mn)